L’Institut Turgot recevait Philippe Simonnot à l’assemblée nationale le jeudi 21 février pour la sortie de son nouveau livre : Chômeurs ou esclaves : le dilemme français. SFL Paris étaient présents.

Merci à Danielle pour la synthèse de cette conférence.

Chômeurs ou esclaves : le dilemme français

On dit souvent « mieux vaut être pauvre sans travail dans notre Etat qu’un pauvre travailleur », cela revient à dire pour eux « mieux vaut être chômeur qu’esclave ».
Il y a de facto un problème spécifique à la France vis-à-vis de l’économie de marché, et plus particulièrement du marché du travail. Le problème majeur dans le pays est le code du travail.
Il y a un consensus général qui va de l’extrême gauche à l’extrême droite ; ce pays est anticapitaliste. Pourquoi peut-on dire cela? Edouard Balladur disait « le marché c’est la loi de la jungle, le contraire de la civilisation, donc il faut réglementer le marché ». Mais il n’y a pas de marché dans la jungle. Il n’y a pas un seul leader défendant le capitalisme en France.
En outre, l’enseignement de l’économie est un désastre ;  cet enseignement pseudo marxiste ou pseudo keynésien entraîne des contresens économiques et enseigne la méfiance du capitalisme, du patron, des entreprises.

Ce chômage grandissant est « choisi par la France » ; un chômage de masse depuis 1974 reste un objet de scandale absolu. Personne ne croit à la lutte contre le chômage. On réduit l’emploi oui, mais pas le chômage ; cela entraîne une méfiance sur l’économie de marché alors même que l’on ne sait pas ce qu’est l’économie de marché, l’équilibre entre l’offre et la demande par exemple. Bien que cela soit simple, ce n’est pas à la portée des médias et des français.

On a une grande répugnance vis-à-vis du marché du travail. Si on remonte à la rédaction du code civil, on remarque que l’on ne souhaite pas établir une législation spéciale pour le travail qui doit être régi par le droit commun des contrats. Le droit romain hantait les rédacteurs du code civil qui ne voulaient pas rétablir l’esclavage.
On considère que quelqu’un qui obtiendrait un CDI (contrat à durée indéterminée) serait plus proche de l’esclavage qu’une personne détenant un CDD (contrat à durée déterminée).
A l’époque, on faisait aussi une distinction entre le travail manuel et intellectuel, ce dernier beaucoup plus noble, mais le travail manuel était compatible avec les droits de l’homme et la propriété de soi, car on n’engageait pas sa personnalité mais on vendait le travail de ses mains, on ne s’aliénait pas de cette manière. En revanche, le travail intellectuel devait être négocié en dehors du marché ; il n’était récompensé que par des honneurs, donc pas financièrement, jusqu’à ce qu’ils deviennent des honoraires.

Mais avec le progrès de l’industrialisation, où le travail est de moins en moins manuel et plus intellectuel, la personnalité même du travailleur est de plus en plus partie prenante dans le contrat de travail. Dès 1860 jusqu’à 1920, on a un code du travail et la notion même de contrat de travail. Qu’est-ce qu’un contrat de travail, quel est son objet ? L’objet du contrat de travail c’est la force du travail. C’est une opération de dichotomisation. On sépare la force de travail pour la marchander, sans que la personne même soit en cause ; c’est une construction juridique subtile. Il est possible de dichotomiser sans aliéner la personne humaine.
Mais cela est un échec puisque l’on ne peut pas différencier la force de travail de la personne. Toutefois cette vue d’esprit reste présente. Cette réglementation compense ce qu’il peut y avoir « d’aliénant » dans la vente de la force de travail. Il y a un terme qui existe dans le contrat de travail qui exprime ce problème « d’aliénation », c’est le lien de subordination. La volonté de l’employeur se substitue véritablement à la volonté de l’employé d’après le code du travail et c’est une spécificité française.
On est dans un mélimélo où les fantômes de l’esclavage sont présents, d’où la prolifération de réglementations. En effet, pour eux, le salariat est un esclavage civilisé, il n’y a pas cette rupture profonde. La révolution ne tient pas ; on reconsidère l’esclavage lui-même.

L’analyse économique réduit l’esclavage à une question de droit de propriété :
On distribue des droits de propriété au hasard, et si les coûts de transaction sont nuls, ils se retrouvent entre les mains des plus aptes à les valoriser. C’est le cas déjà de l’esclavage antique que l’on retrouve chez Aristote, où l’esclavage et le maître ont ces statuts par nature. L’idée véhiculée est que certaines gens sont incapables d’être propriétaires d’eux-mêmes, et pour leur bien, comme pour le bien de l’esclave et du maître, mieux vaut qu’elles abandonnent la propriété de leur corps et de leur personne au maître.
Cependant, aucune propriété n’est absolue. Même dans la pire situation, il reste que le maître n’est pas totalement maître ; l’esclave peut acheter sa liberté, donc il a pu épargner (cf : Phèdre, Epictète étaient des esclaves affranchis).

On a donc des esclaves, des détenteurs de CDI, qui ont un travail à vie, dont l’intérêt du propriétaire est qu’ils soient bien nourris, par opposition aux travailleurs libres. Le problème d’aujourd’hui se pose pour 70% de ceux ayant un statut dans les grandes boites, et de l’autre côté pour les travailleurs libres ou les chômeurs.

On revient dans l’actualité dans la mesure où le code du travail protège les gens dans le système. Le problème, c’est que cette protection rend plus difficile l’entrée dans le système une fois que l’on en est sorti, donc autrement dit, lorsque l’on est au chômage, on l’est bien plus longtemps que dans un autre pays. Le chômage en France amène ainsi à la destruction personnelle, au suicide.
Mais cela renforce aussi propre angoisse des insiders, car si la conjoncture ou la mauvaise politique augmente le chômage, on sort du système sans espoir d’y revenir. Les français sont inquiets même lorsque l’on est dans le système, car on est réduit au silence.

Georges Pompidou disait  « si on passe à 500 000 chômeurs, ce sera la révolution ». Mais on est à un niveau 7 fois plus élevé ! Les chômeurs sont honteux, ils ne sont pas dans la rue. Beaucoup n’ont plus de droits, et dans les entreprises les gens se tiennent tranquilles. D’un point de vue politique, le chômage n’est pas inquiétant.

Et pourtant, Le président sortant Valéry Giscard d’Estaing a été battu lors des présidentielles suivantes car le chômage était passé au-dessus de 7%, plancher désormais inatteignable. Ce plafond est devenu un plancher. Sarkozy s’est retrouvé à 10%, qui vont redevenir un plancher inatteignable pour le prochain quinquennat.

Plus il y a de chômage, plus ceux qui sont en emploi sont esclaves, et plus l’emploi relève de l’esclavage moins il fait envie.

Remarques :

-la France est la championne du SMIC. C’est le principal obstacle à l’emploi des jeunes, car ils ne peuvent pas être payés à hauteur du SMIC. C’est une mesure productrice d’injustice que de maintenir un salaire minimum.

-le capital ne peut être fait sans le travail.
-François Hollande a augmenté les impôts mais n’a pas réduit les dépenses (les aides de ceux qui ont voté pour lui). Cette mesure démontre la démagogie du gouvernement qui achète son électorat.

-les syndicats sont très faibles en France, car on peut utiliser le système sans avoir à cotiser (on peut cotiser au dernier moment même, en cas de problème). Les syndicats sont payés pour 5% par les cotisations, et les autres 95% par l’Etat et essentiellement les entreprises.
Les syndicats gèrent la sécurité sociale, ils en sont partenaires. [Avec le rapport gallois par exemple, on a cru qu’on aller baisser les cotisations sociales en les fiscalisant.]
Dans le système de Gand en revanche, pour accéder au chômage il faut être syndiqué, d’où la syndicalisation à 95% par les salariés.

-dans les pays en « pleins emploi », donc ceux ayant un taux de chômage inférieur à 5%, il y a une corrélation entre le pourcentage des dépenses publiques dans le PIB et le taux de chômage.

Discussion - 2 Comments
  1. Libéralisateur

    mar 05, 2013  at 15 h 26 min

    Alors oui, bravo encore une fois à Danielle pour la synthèse de cette conférence. Inscrit à celle-ci, je n’ai pu m’y rendre, mais je me suis rattraper le lundi suivant au Café Liberté où Philippe Simonnot redonnait sa conférence !
    Et c’est malheureusement bien là ce que « voit » Philippe Simonnot sur le chômage. Pas facile d’aussi bien retraduire une telle analyse qui n’est pas fondée. Cette dénonciation du travailleur en CDI qui serait un esclave n’est absolument pas fondée et montre que Philippe Simonnot ne sait pas ni ce qu’est un esclave ni ce qu’est véritablement un contrat de travail. Bien sûr son analyse sur les effets du Code du travail pour l’emploi en France est valable, mais ce n’est pas pour autant qu’il en tire des conséquences. Et s’accrocher à cette analogie avec l’esclavage discrédite à mon avis tout son discours. Sait-il vraiment ce qu’est l’économie de marché ? J’en doute. Mais comment pourrait-il en être autrement lui qui manifestement n’a jamais connu l’entreprise mais que les analyses livresque de la pensée collectiviste de l’Etat français.
    Il n’apporte rien au débat sur le chômage et au contraire perturbe un peu plus, avec cette mauvaise analyse – bien sur médiatisée par les médias en Cour – la recherche de solutions pour sortir de cette posture inacceptable, non seulement pour ceux au chômage, mais pour tous ceux qui souhaitent mieux vivre en France.

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    • Pilippe

      mar 07, 2013  at 15 h 26 min

      Il ne faut pas se méprendre sur les intentions de Philippe Simonnot, il s’agit de dénoncer l’amalgame qui est fait aujourd’hui entre CDI et esclavage.

      Philippe Simonnot met en exergue ce mélange des genres et pointe la sur-réglementation qui est là pour mettre en place la subordination voire l’aliénation. Cette idée absurde selon laquelle le salariat serait une précarisation alors qu’il a permis la sécurisation des revenus est combattue par Philippe Simonnot. Il est vrai que Philippe Simonnot présente le point de vue marxiste mais c’est seulement pour mieux le combattre et il ne le fait pas sien.

      La seule solution pour se faire un bon point de vue et éviter toute erreur est encore de lire le livre qui doit être publié bientôt.

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