Par Marius-Joseph Marchetti.

Gadsden flag uhUn homme de droite m’a un jour traité d’hypocrite car je me déclarais libertarien. En somme, à défendre la liberté sans borne, je détruirais des organes vitaux de la société comme la famille. En tant que libertarien, je serais aussi dangereux, si ce n’est plus, qu’un socialiste. Défendre les valeurs familiales serait ainsi le monopole de la droite, comme la solidarité est le monopole de la gauche. Je crois n’avoir jamais entendu une bêtise aussi répandue dans les esprits. De même que les pays où les États s’occupent le moins de la pauvreté sont les pays où la solidarité est spontanée, les pays où les États se chargent le moins des activités originellement à la charge des familles sont des pays où la « famille » n’a pas été fragilisée. Ces hommes de droite, relativement pro-marché mais ancrés dans un conservatisme s’exprimant politiquement, feraient mieux de s’en prendre aux « social-conservative » qui souhaite sauver notre « modèle ».

Ainsi les libertariens et les libéraux n’aimeraient pas les valeurs familiales car ils sont contre l’usage de la force pour « condamner » des actions immorales. À raisonner de la sorte, nous pourrions également dire que nous sommes contre les entreprises car nous ne souhaitons plus de subvention, contre le blé car nous ne souhaitons pas sa prise en charge par l’État. Les exemples sont nombreux et futiles. Nombreux sont les libertariens à être également catholiques ou/et conservateurs : il suffit de regarder des personnes comme Guido Hulsmann, Murray Rothbard, Hans-Hermann Hoppe, Ron et Rand Paul, et bien d’autres.

Qui est le plus attaché à ses valeurs ? Celui qui use de la contrainte, par tout temps et par tout lieu, de l’appareil d’État pour faire valoir ce qu’il défend ? Ou n’est-ce pas plutôt celui qui, au fil des siècles, n’a jamais défendu ses valeurs qu’en usant de la spontanéité d’actions reposant sur le « voluntaryism », et considérant celles-ci d’une spiritualité ne nécessitant, ni ne méritant l’organisation de la violence ? Les libéraux et les libertariens n’ont jamais eu pour idéal la légitimation de la violence et encore moins pour condamner les vices qui ne sont que des atteintes aux propriétés par leurs propriétaires mêmes.

Les libéraux et les libertariens se doivent de tout faire pour protéger l’éthique universelle, les légitimes droits de propriété de chacun, et donc de permettre à chacun de suivre son éthique personnelle tant que celle-ci ne rentre pas en contradiction avec cette éthique universelle. Le respect de cette éthique universelle n’entraîne pas la disparition de toute moralité : par contre la systématisation de la violence dans notre société par l’appareil d’État a certainement plus de chance d’en être la cause. Comment certaines personnes peuvent-elles encore être pour la prohibition, lorsqu’on s’aperçoit de son immoralité et son inefficacité, et surtout lorsque dans certains domaines, ils se disent pro-marché ? Il ne peut y avoir position plus contradictoire : la prohibition est naturellement une voie du socialisme. La prohibition est la négation de la liberté, et montre l’incompréhension de la nature du marché. La prohibition n’est rien d’autre qu’un planisme, où on empêche légalement deux individus de commercer librement. Ces individus ne détestent pas le socialisme : ils l’adaptent à leur goût. Qui est l’hypocrite, réellement ? Celui qui a toujours combattu la prohibition, ou celui qui déclare que celle-ci est néfaste sur le marché du travail et du logement (l’interdiction de contracter si la rémunération de l’un des individus est en-dessous d’un certain niveau ou si le prix demandé pour louer un logement est trop élevé) et dit simultanément que la prohibition de la drogue, de l’alcool, ou autre serait souhaitable ? Ces hommes montrent ainsi deux choses : leurs méthodes ne divergent pas des méthodes socialistes car ils recourent tous deux à l’appareil planiste par la prohibition ; et leur connaissance en économie qui est malheureusement autant à déplorer que leurs meilleurs ennemis socialistes.

Ce qu’il faut abandonner, c’est l’approche tyrannique par laquelle on essaie de résoudre un problème social et médical. Nous, nous soutenons l’idée du volontarisme, de la responsabilité individuelle, de la famille, des amis, des églises pour résoudre les problèmes, au lieu de dire qu’un gouvernement monolithique va prendre soin de vous et faire de vous quelqu’un de meilleur. Cette dernière idée est absurde, elle n’a jamais marché et ne marchera jamais. Le gouvernement ne peut pas faire de vous quelqu’un de meilleur, il ne peut faire en sorte que vous preniez de bonnes habitudes. Sinon, au cas où vous seriez un peu enveloppé, pourquoi ne vous mettrait-il pas au régime ?

– Ron Paul, The Morton Downey Jr. Show, KBFK-AM, 4 juillet 1988

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